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Même pas Mals !



Antoine Hervé : le discours de la méthode

Aux origines de la chanson française. Ou la savante alchimie née de la poésie, cette petite musique des mots que recherchèrent Baudelaire, Verlaine et Rimbaud, et du jazz venu d'Outre-Atlantique. C'est le pari que nous livre Antoine Hervé, jazzman pédagogue que le grand public connaît essentiellement pour ses collaborations avec Jean-François Zygel (la boîte à musique sur France 2), dans son « Jazz et la Java ». A l'affiche de ce tour de chant, les plus belles plumes de la chanson, à l'image de Claude Nougaro bien sûr, de Charles Trénet, d'Yves Montand, d'Edith Piaf, de Serge Gainsbourg ou de Jacques Brel.


Arranger, c'est mettre en scène

« Ah bon, il n'y a pas de Brassens ? » s'étonne un abonné lors du dernier tournage de Même pas Mals. Antoine Hervé hoche la tête. Non, pas de reprise du grand Georges au programme, il confirme. « Créer c'est choisir, et choisir, c'est renoncer » répond-il philosophe. Qu'à cela ne tienne, l'essentiel est là, sur scène. Les airs ne datent pas d'hier, mais les arrangements, eux, réinventent d'autres lectures possibles pour le public d'aujourd'hui. « Il s'agit de mettre en scène musicalement les mots, de jouer contre ou avec eux ». Nouvel étonnement : « C'est-à-dire ? » adresse spectatrice. « Prenez par exemple les Amants d'un jour. Si vous l'habillez en jazz rock, vous créez un décalage. Là, je suis dans le contre. Par contre avec Mon amant de Saint-Jean que je joue en jazz musette, je suis pleinement dans le pour, car c'est tout à fait le style que l'on attend ». Elémentaire !

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Marché captif

Sur le marché de la musique, Antoine Hervé n'a pas la langue de bois. Et remise le politiquement correct au vestiaire. « C'est devenu un marché captif. Les grosses productions prennent l'exclusivité dans les grands festivals, où ils font un maximum d'argent … c'est sûr, un musicien comme moi n'a pas sa place dans ces cercles ». Interrogé sur son discours contre la « confiscation du jazz par les noirs », là encore, la réponse fuse et vient du cœur. « Je ne suis pas d'accord avec ceux qui disent que le jazz est une musique de noirs. Par exemple, si vous voulez faire le bœuf avec le groupe Marsalis, vous ne pouvez pas puisqu'ils ne font monter que les noirs. On refait de l'exclusion à l'envers et ce n'est pas une bonne chose, parce que là, ça devient un art ethnique ». On vous avait prévenus, le musicien-pédagogue aime tout autant parler de la musique qu'en jouer. Le discours de la méthode, si vous préférez.

Olivier Capron